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jeudi 15 août 2013

[Séries] House of Cards et Vikings, la plume et l'épée

Grand amateur de séries, j'en ai découvert récemment deux nouvelles, diamétralement opposées et toutes deux de bon aloi. La première, House of Cards, est une série politique se déroulant à Washington D.C dans les coulisses du pouvoir, aussi bien exécutif que léglislatif. La seconde, Vikings, narre l'avènement des premiers raids effectués vers l'ouest par les peuples nordiques à bord de leurs fameux drakkars. S'inspirant de personnages et de situations réels, celle-ci possède un certain angle historique intéressant et qui connaît ses limites pour ne pas basculer dans le documentaire intégral. Pourquoi j'ai apprécié ces séries ? Qu'est-ce qui les rend attractives ? Explications.


Synopsis : Frank Underwood, démocrate membre du congrès et whip (le whip est le membre d'un parti politique élu au parlement dont le rôle est de s'assurer que les membres du parti soient présents lors des votes à la chambre et suivent les consignes données par les chefs du parti) du gouvernement à la chambre des représentants a aidé Garrett Walker à devenir président des Etats-Unis en échange de la promesse d'être nommé Secrétaire d'Etat. Mais, juste avant son investiture, le président se rétracte et n'honore pas son engagement. Furieux, Underwood et sa femme Claire (qui comptait sur la nomination de son mari pour développer son groupe d'activistes environnementaux dans d'autres pays) font un pacte pour faire tomber ceux qui l'ont trahi. Afin de mener à bien sa croisade vengeresse, Underwood cherche des pions. Pour cela, il trouve le député de Pennsylvannie Peter Russo, aisément manipulable grâce à ses égards dans sa vie privée, et la jeune et ambitieuse journaliste Zoe Barnes.

House of Cards est une série prenant le taureau par les cornes, dès le début. Il n'y a qu'à voir la première scène pour s'en rendre compte. Un chien se fait heurter par une voiture non loin de la maison de Frank Underwood. Celui-ci sort et accourt pour porter assistance. S'agenouillant au dessus de l'animal souffrant, il souffle "Tout va bien", essayant de le consoler. Puis, il relève la tête, regarde fixement la caméra et s'adresse aux spectateurs : "Il y a deux types de douleur. Le genre de douleur qui vous rend plus fort, et la douleur inutile, le type de douleur qui ne fait que souffrir. Je n'ai aucune patience pour les choses inutiles." Ceci dit, il brise le cou du chien afin d'abréger sa souffrance. L'art de dresser un portrait et d'annoncer la couleur, en tout juste une minute. A cet instant, nous comprenons d'entrée de jeu au moins deux choses. La première est que Frank Underwood, le personnage principal, magistralement interprété par Kevin Spacey, est un homme calculateur, réfléchi, et dangereux. La seconde est le fait qu'House of Cards brise le quatrième mur. Lorsqu'Underwood s'adresse à nous directement, en fixant la caméra, en nous fixant nous, il nous implique, nous entraîne dans son monde et partage avec nous ses pensées, sa façon d'être et ses réflexions les plus intimes sans détours. 

Portée par un casting d'exception (Kevin SpaceyRobin Wright et Kate Mara pour ce citer qu'eux), House of Cards met donc en scène diverses manipulations politiques aux atours de jeux de mots et d'influences. Frank Underwood atteint ses cibles par le biais d'un large répertoire d'action, allant des paroles détournées à l'amitié par intérêt, tout en manipulant ses pions ou en révélant des informations compromettantes sur ses adversaires. Honnêtement, j'ai trouvé cela passionnant. Notamment grâce à un Kevin Spacey jouant remarquablement le rôle de l'homme politique arrogant, excellent orateur, détestable, élitiste, n'hésitant pas à mentir et à faire tout ce qui est en son pouvoir pour arriver à ses fins. Un vrai connard quoi. Mais attention, étant donné que rien n'est jamais tout blanc tout noir, il est honnête avec nous, spectateurs. En brisant ainsi le quatrième mur, en s'adressant souvent à nous de manière si directe et franche, le personnage gagne notre sympathie, tout en conservant notre désapprobation quant à certains de ses actes. Un anti-héros parfaitement nuancé et équilibré. Menteur aux autres protagonistes, honnête avec nous. L'abaissement du quatrième mur a été extrêmement bien approfondi et recherché, aboutissant ainsi à une certaine complicité entre le spectateur et Underwood. Complicité qui, par son existence, nous fait éprouver de l'empathie et nous pousse à espérer qu'il arrivera à ses fins, et ce quels que soient les moyens, aussi détestables peuvent-ils être. Telle est la force de la série. Sa clef de voûte.
J'ai adoré cette série mêlant pouvoir, amitié, trahison, politique, influence...mais avant tout des êtres humains avec leurs relations, chacun poursuivant un but bien précis. Rythmée, originale (bien qu'il s'agisse d'un remake d'une ancienne série britannique que je n'ai pas vu), brillante dans la mise en scène et le rapport avec le protagoniste principal, elle nous fait vivre différentes émotions et nous captive jusqu'à la fin.
   
Le rôle semble avoir été fait pour Kevin Spacey seulement, et personne d'autres, tant il est convaincant dans sa performance. 
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Synopsis : Scandinavie, à la fin du VIIIème siècle. Ragnar Lothbrok, un jeune guerrier viking, est avide d'aventures et de nouvelles conquêtes. Lassé des pillages sur les terres de l'Est, il se met en tête d'explorer l'Ouest par la mer. Malgré la réprobation de son chef, Haraldson, il se fie aux signes et à la volonté des dieux en construisant une nouvelle génération de vaisseaux, plus légers et plus rapides.

Vikings. Avant même de regarder le premier épisode, on peut se faire une idée de ce que l'on pourrait y trouver : des drakkars, des haches, des pillages, des casques à cornes et des barbes. Beaucoup de barbes même. Et pourtant, très vite, ces clichés et préjugés exagérés sont nuancés. Certes, il y a de tout cela, mais ce n'est pas pour autant que les Vikings sont un peuple de barbares dénués de peur, avides de combats comme c'est suggéré dans de nombreux livres et films. 

La série, même si elle s'accorde beaucoup de libertés, possède une dimension historique à ne pas négliger étant donné que les personnages principaux ont réellement existés. Vikings narre la découverte et la conquête de l'ouest par les guerriers Scandinaves avec comme pionnier Ragnar Lothbrok, un simple fermier ambitieux attiré par les rumeurs de richesses et de nouveaux peuples. La série, loin de basculer dans le documentaire historique pur et dur ne montre pas la vie de Ragnar telle qu'elle était précisément (si vous voulez jeter un coup d'oeil sur biographie approximative, c'est ici ou ) mais s'attache à décrire de nombreux évènements propres au quotidien des Vikings et met en scène des situations auxquelles Ragnar Lothbrok a sûrement participé.

Avec Vikings, c'est ainsi l'occasion d'en apprendre plus sur ce peuple expansionniste qui, à l'évocation de son nom, nous fait automatiquement penser à des mots à connotations négatives tels que "barbares", "brutes" ou encore "pilleurs". Loin des stéréotypes de belligérants païens assoiffés de violence et de destruction, les personnages s'attachent à nous faire découvrir les rites, moeurs et croyances de ce peuple fier, animé par de nombreuses valeurs. Les performances des acteurs sont plus qu'honorables et permettent de nous identifier à eux facilement, notamment Ragnar (heureusement), très bien interprété selon moi par Travis Fimmel. Il est posé, patient, réfléchi et ne surjoue pas, surtout pour les scènes de combat. Autre acteur mémorable : Gustaf Skarsgård, endossant le rôle de Floki, un ami proche de Ragnar à l'attitude gentiment délurée à qui l'on prête une attention particulière dès sa première réplique. 

Vikings est donc une série pour laquelle j'ai très vite éprouvé beaucoup d'intérêt. Vivement la prochaine saison car j'ai hâte de voir jusqu'où Ragnar va aller avec son ambition sans limite, hâte d'en découvrir plus sur ce peuple, et surtout, hâte de revoir le générique de la série, que je trouve tout bonnement excellent (à voir ici).
   
Réfléchis, organisés, efficaces, les Vikings ne sont pas du genre à foncer dans le tas sans sécurité et sans précipitation excessive. Encore un préjugé de balayé.

jeudi 27 juin 2013

[Coups de coeur] Quatre chroniqueurs à découvrir (ou à adorer encore plus si c'est déjà fait)

Enfin les vacances ! Les examens sont passés, il ne reste plus qu'à attendre les résultats, mais quoiqu'il en soit, je suis enfin en vacances, et le moins que je puisse dire c'est que cela fait du bien. Beaucoup même. Je vais donc en profiter pour rédiger tous les articles que j'ai mis en attente pour me concentrer sur les révisions ces dernières semaines. Commençons d'abord aujourd'hui par les chroniqueurs que j'ai découvert il y a quelques mois/semaines et dont j'apprécie énormément le travail. Alors non, il ne s'agit pas de NormanCyprien ou encore d'Hugo tout seul. Evidemment, je les aime bien également, mais bon, ils ne sont plus à présenter, et les quatre dont je vais vous parler les surpassent largement selon moi et méritent d'être connus.
Je tiens à préciser bien sûr qu'il ne s'agit là que de mon avis strictement et purement personnel, et que je vais les citer non pas par ordre de préférence, mais chronologiquement, de celui que j'ai découvert en premier jusqu'au plus récent.


What the cut ?! est une émission présentée par un personnage excentrique, à la coiffure dantesquement sauvage et aux expressions toutes plus What the fuckesques (celle-ci est bien représentative) les unes que les autres, répondant au nom d'Antoine Daniel. Celui-ci cherche, traque et dégote des vidéos sur internet. Seulement voilà, ces vidéos doivent obéir à certains critères pour apparaître dans l'émission. Elles doivent être tout simplement et tout bonnement aberrantes. Etranges. Hallucinantes. En d'autres termes, quand on les voit, on doit se dire "What the fuck !?" (parfois même plusieurs fois). Si What the cut !? n'était qu'une succession de vidéos, certes attrayantes, l'intérêt et l'originalité n'auraient pas leur place pour autant, étant donné que n'importe qui pourrait le faire, et que le concept n'est pas nouveau. C'est là qu'Antoine Daniel se démarque. C'est là qu'il devient inimitable. C'est là que What the cut !? devient incontournable. 
Chaque vidéo est accompagnée des réactions, aussi bien faciales que verbales, et des commentaires d'Antoine Daniel. Et, honnêtement, le résultat est très drôle. L'auteur ne se prend pas trop au sérieux, met dans le bain immédiatement les spectateurs au début de chaque vidéo en les insultant de manière recherchée (certaines décrient peut être ce parti pris, mais cela a le mérite d'annoncer la couleur de ce qui va suivre dès le début et ce n'est pas plus mal je trouve) et réussit à déployer un éventail assez varié et recherché d'expressions. Antoine Daniel trouve toujours le mot, la phrase qui fait rire. Même si une vidéo, aussi what the fuck peut-elle paraître, ne fait pas forcément rire, il trouve le déclic, le levier adéquat. Je l'admets, j'ai souvent eu de véritables fous rires quant à certaines vidéos, mais surtout quant aux commentaires qui suivaient. C'est systématiquement drôle et surprenant.

Si vous voulez passer un bon moment, je vous recommande d'y jeter un oeil ici ou même . Cela vaut le détour, croyez-moi. 
Sérieux.
   
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Le Fossoyeur de films est un personnage tout de noir vêtu, barbu et arborant une pelle. Avec elle, il déterre pour nous des sujets en rapport au monde du cinéma et réalise des chroniques diverses et variées. Outre l'accoutrement original attisant la curiosité, le bonhomme (nommé François Theurel) nous convainc très vite de la qualité de ses vidéos. Fort d'un talent de vulgarisation remarquable, il nous parle de sujets cinématographiques pouvant paraître complexes à des spectateurs lambda, et pourtant, avec pléthores d'exemples, de visualisations, d'explications et de démonstrations  son discours, en plus d'être clair et compréhensible, est captivant et diablement intéressant. Ajoutez à cela un timbre de voix donnant envie d'écouter, un visage donnant envie de regarder, des mimiques amusantes et bien placées (cf. haussement du sourcil droit) et un bon débit de parole et vous obtenez des vidéos enrichissantes, intéressantes, en aucun cas redondantes et bien creusées. D'autant plus que, sous la stèle de la critique et la terre de l'argumentation, les cercueils renfermant les sujets sont percés par autant de pointes d'humour que sont les clous. Le Fossoyeur de films fait donc preuve d'un travail sérieux, complet, de qualité, attestant d'une grande connaissance du monde du septième art et de son fonctionnement, accessible et compréhensible à tous, le tout équilibré par une dose d'humour toujours bien amenée. 

Avec des propos nuancés articulés autour d'une argumentation réfléchie, riche et limpide, Le Fossoyeur de films s'impose, selon moi, comme un chroniqueur montant, et méritant d'être connu. 
Laissant parfois son costume de fossoyeur au placard, François Theurel étend son répertoire à d'autres types de chroniques tels que les Après-séance. Comme leur nom l'indique, l'auteur y fait ici un compte rendu d'un film qu'il vient tout juste de voir. Ses impressions, encore à chaud, son plus personnelles et subjectives mais respectent toujours cette part de nuance et de justesse dans les propos. 
Je vous invite à aller découvrir cette chaîne (qui est d'ailleurs de loin ma favorite) au plus vite ici, et à voir sa chronique que je préfère, traitant de la peur au cinéma ici même. A noter que le bonhomme est également musicien et réalise lui-même ses musiques d'accompagnement. Si ça c'est pas la classe.
Franchement.                                                      
   
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Passons maintenant à Studio Uha! où l'on retrouve François Theurel, Le Fossoyeur de films, avec son compère Mathieu Pradalet. Divisée en deux types de vidéos bien distinctes, cette chaîne est pourtant régie par les mots d'ordre suivant : humour absurde, décalé et souvent crade. D'un côte, il y a les très courtes vidéos intitulées "Wet Short", ne dépassant presque jamais les soixante secondes. Il s'agit de petits sketchs à l'humour absurde essentiellement, comme celui intitulé Le silence est d'or (à voir ici). Mais, de mon point de vue strictement personnel, ce qui fait surtout la force de la chaîne réside dans les vidéos nommées "French Food Porn". Dans cette petite émission culinaire d'une dizaine de minutes, Mathieu Pradalet, surnommé pour l'occasion Jean junior, vêtu comme un chef et arborant une moustache des plus envoûtante nous montre comment réaliser divers plats, tels que des petits bonhommes de pains d'épices, des cupcakes pur chocolat, ou encore un burger au foie gras. Si le résultat donne faim et envie d'essayer les recettes, la réalisation est diamétralement opposée. Sale, en dessous de la ceinture, parfois même noire, la préparation culinaire made in Studio Uha! n'est pas des plus ragoûtante, mais n'en reste pas moins drôle et par dessous tout originale. Sérieusement, une émission culinaire (je ne parle pas d'Un dîner presque parfait et compagnie) où un cuistot vous déballe une recette et l'effectue de la manière la plus sobre et la plus correcte possible, c'est vite pénible non ? Tandis qu'avec Studio Uha!, c'est fun, sympa, dérangé, et accrocheur. Je vous laisser juger par vous même avec le premier épisode de French Food Porn ici. 
A point.
   
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Pour finir cet article, un gros, gros, coup de coeur. Pas aussi gros que pour le Fossoyeur, mais pas loin quand même. Pas loin du tout. Alors voilà, Crossed, c'est une autre chronique dédiée au cinéma. Oui, encore, mais elle tire son épingle du jeu. D'abord, pour le concept. Cette chronique traite certes de films, mais de films adaptés de jeux vidéo, ou tout du moins, en rapport avec l'univers des jeux vidéo. Ensuite, pour la réalisation. C'est réellement très bien écrit, drôle, superbement monté, ça dure une petite dizaine de minutes (on en voudrait plus, mais au final c'est équilibré), les anecdotes sont amusantes et uniques, c'est bien filmé, interprété à merveille, et surtout, c'est intéressant. Chaque semaine, c'est pour moi un plaisir de retrouver Karim Debbache avec tous ses potes à l'humour communicatif. 
Sur ce, j'espère que l'article vous aura intéressé et donné envie de découvrir (si ce n'est pas déjà fait) ces quatre chroniqueurs de qualité que j'affectionne énormément, et je vous laisse avec le lien d'une des vidéos de Karim Debbache qui m'a le plus plu, sa critique de Silent Hill le film, à voir ici, voire , comme vous voulez. 
   

lundi 6 mai 2013

[Lecture] Brave New World, une fabuleuse dystopie

Il y a quelques temps déjà, j'ai étudié en cours d'anglais un extrait du roman d'anticipation Brave New World, en français Le meilleur des Mondes, d'Aldous Huxley. Une vingtaine de lignes auront réussi à titiller ma curiosité, de sorte qu'au final, le soir même, je commandais le livre sur Amazon. N'ayant pu le lire d'une traite mais épisodiquement, je l'ai fini il y a peu. Et je dois vous avouer que c'est un des meilleur roman d'anticipation qu'il m'ait été permis de lire. L'auteur dépeint une dystopie effroyablement fascinante dont la découverte nous laisse secoué, avec une question nous brûlant les lèvres : Comment Huxley a-t-il pu imaginer tout cela en 1931 ? Et surtout, encore plus troublant est le fait de comparer notre société actuelle et celle imaginée par Huxley et de remarquer certaines corrélations. Aujourd'hui, vu le sujet que je trouve passionnant et étant d'humeur inspiré, je vais vous proposer une critique plus détaillé qu'à l'accoutumée.

                  

D'aucuns disent que l'histoire est l'institutrice de la vie. C'est elle qui, par son étude et son apprentissage, nous permet d'éviter de réitérer nos erreurs. Seulement, les habitants de la société décrite dans Brave New World se désintéressent de l'histoire. Un nouvel ordre mondial a été créé, et celui-ci a pour clef de voûte, pour base, pour doctrine le Fordisme. Le Fordisme, méthode de production inventée en 1908 par Henry Ford, repose sur le travaille à la chaîne, avec pour élément essentiel le convoyeur. S'appuyant sur une organisation scientifique du travail, cette façon de produire implique que les ouvriers sont immobiles et répètent la même action à longueur de journée. Inlassablement. Le travail à la chaîne a permit une large augmentation de la productivité. Et qui dit hausse de la productivité, dit hausse de la production, et donc hausse de l'offre, puis de la demande. Le Fordisme - dont un des plus grands symboles réside en la Ford T - favorise donc une consommation de masse. 
Aldous Huxley a alors repris cette idée, mais à la place de produire en masse des voitures, ou un quelconque bien matériel, il a pensé à produire en masse des humains. Des clones humains pour être précis. Huxley dénature l'homme, il l'assimile à un objet que l'on pourrait créer de toutes pièces, modeler et fabriquer selon différents types de standards. Aussi facilement que si nous construisions une machine. Et ce, massivement. En d'autres termes, l'auteur a industrialisé l'humanité. Il l'a mécanisée, avec des hommes et des femmes construisant d'autres hommes et d'autres femmes, perpétuellement, avec une reproduction devenue mécanique plutôt que biologique.

Le Fordisme est ce qui permet la pérennité de l'humanité dans Brave New World.

Brave New World, prenant place en 2540 de notre ère, nous présente une société futuriste se voulant être parfaite. Tout le monde a sa place dans la société, tout le monde sait ce qu'il doit faire ou ne doit pas faire et tout le monde accepte complètement sa vie telle qu'elle est. Pas de révoltes. Pas de tensions. Une harmonie parfaite aux atours d'un engrenage bien huilé. Mais dans un engrenage, tous les rouages ne sont pas de tailles identiques. Et il en va de même avec la société imaginée par Huxley étant donné qu'il existe un système de castes. Les individus, répertoriés en tant qu'Alpha, Beta, Delta, Gamma et Epsilon ne jouissent pas des mêmes droits et ne sont pas destinés aux mêmes existences. Chaque membre des castes (elles-mêmes subdivisées en catégories "Plus" ou "Minus") sont prédestinés à une existence bien précise alors même que leurs embryons défilent sur la chaîne de montage. 
Les Alphas pour commencer sont la caste dominante. Grands, beaux, forts, bien bâtis, extrêmement intelligents et puissants, ils sont conditionnés dès leur plus jeune âge pour effectuer les tâches les plus importantes de la société, tel que diriger les centres de conditionnement ou de clonage. Ensuite, les Betas sont similaires aux Alphas, à ceci près que leurs compétences, physiques comme intellectuelles, sont légèrement en deçà. Par conséquent, ils occupent des places un peu moins hautes, mais partagent les mêmes loisirs et activités que les Alphas. Viennent, ensuite les Gammas, des employés moyennement qualifiés. Ils sont principalement chargés des tâches administratives, et autres postes ne requérant pas de hautes qualifications. Les Deltas, produit en masse (comme les Epsilons) et généralement par pairs de jumeaux, sont juste suffisamment intelligents pour exécuter des travaux manuels nécessitant peu ou pas de compétences particulières. A titre d'exemple, ils sont souvent utilisés en tant que chauffeurs. Enfin, les Epsilons, tout en bas de l'échelle, sont fabriqués de sorte à être nains, difformes, stupides et ne sachant ni lire ni écrire. Ils sont employés pour les tâches les plus contraignantes et les plus difficiles, tel qu'ouvrier dans une fonderie. 

La société décrite dans Brave New World n'est en aucun cas méritocratique. Elle s'appuie sur la naissance, ou plutôt la fabrication des individus.

L'élaboration de chaque individu est régi par différentes règles selon la caste à laquelle il est destiné à appartenir. Par exemple, chaque Alpha, Beta ou Gamma sont uniques. Les embryons ne sont pas doublés et multipliés. Il n'y a pas de jumeaux (voire de triplés ou plus) dans les classes huppées, tandis qu'il n'y a presque que cela chez les Deltas et les Epsilons. A cela s'ajoute le fait que, pour contrôler la future apparence des membres de chaque caste, les ingénieurs chargés de la production d'humains ont à leur disposition différents mécanismes pour bonifier ou au contraire gâter les embryons. A titre d'exemple, ils transfusent de l'alcool dans les tubes des Epsilons pour les rendre difformes et petits, privent d'oxygène pendant un certain temps les Deltas pour amoindrir leurs capacités cognitives, ou bien enrichissent le sang des Alphas et Betas avec diverses vitamines. 
Mais la construction de ces citoyens parfaitement heureux et intégrés socialement se fait également moralement. Durant leur enfance, chaque individu va être soumis à un conditionnement mental se basant sur des leçons quotidiennes et l'hypnopédie, cette dernière désignant le fait d'apprendre en dormant. Chaque classe recevant son propre enseignement, tous sont formés à accepter la société dans laquelle ils évoluent et à ne desirer aucune autre place que la leur. Par conséquent, aucun epsilon ne souhaite occuper la place d'un alpha, et inversement. Le conditionnement débute dès le plus jeune âge, alors même qu'ils ne sont que des bébés. Pour illustrer mes propos, je vais vous détailler une scène du livre qui m'a marqué : celle où de jeunes Bêtas assistent à une séance où des Deltas, encore nourrissons,  découvrent les livres et les fleurs. 

" [La visite continue dans la salle de pouponnière.]
Les infirmières se raidirent au garde-à-vous à l’entrée du D.I.C.
- Installez les livres, dit-il sèchement. En silence, les infirmières obéirent à son commandement. Entre les vases de roses, les livres furent dûment disposés, ouverts d’une façon tentante, chacun sur quelque image gaiement coloriée de bête, de poisson ou d’oiseau.
- A présent, faîtes entrer les enfants. Elles sortirent en hâte de la pièce, et rentrèrent au bout d’une minute ou deux, poussant chacune une espèce de haute serveuse chargée, sur chacun de ses quatre rayons en toile métallique, de bébés de huit mois, tous exactement pareils (un groupe de Bokanovsky, c’était manifeste) et tous (puisqu’ils appartenaient à la caste Delta) vêtus de kaki.
- Posez-les par terre. 
On déchargea les enfants.
- A présent, tournez–les de façon qu’ils puissent voir les fleurs et les livres. 
[Les bébés rampent vers les livres les fleurs et les découvrent en gazouillant.] Le Directeur attendit qu’ils fussent tous joyeusement occupés, puis :
- Observez bien, dit-il. Et levant la main, il donna le signal. L’Infirmière-Chef, qui se tenait à côté d’un tableau de commandes électriques à l’autre bout de la pièce, abaissa un petit levier. Il y eut une explosion violente. Perçante, toujours plus perçante, une sirène siffla. Des sonneries d’alarme retentirent. Les enfants sursautèrent, hurlèrent ; leur visage était distordu de terreur.
- Et maintenant, cria le Directeur (car le bruit était assourdissant), maintenant, nous passons à l’opération qui a pour but de faire pénétrer la leçon bien à fond, au moyen d’une légère secousse électrique. Il agita de nouveau la main, et l’Infirmière–Chef abaissa un second levier. Les cris des enfants changèrent soudain de ton. Il y avait quelque chose de désespéré, de presque dément, dans les hurlements perçants et spasmodiques qu’ils lancèrent alors. Leur petit corps se contractaient et se raidissaient : leurs membres s’agitaient en mouvements saccadés, comme sous le tiraillement de fils invisibles.
- Nous pouvons faire passer le courant dans toute cette bande de plancher, glapit le Directeur en guise d’explication, mais cela suffit, dit-il comme signal à l’infirmière. 
[Les explosions cessent, les bébés se calment peu à peu, puis le Directeur fait de nouveau installer des livres et des fleurs ce qui provoque le hurlement des bébés.]
- Ils grandiront avec ce que les psychologues appelaient une haine « instinctive » des livres et des fleurs. Des réflexes inaltérables. Ils seront à l’abri des livres et de la botanique toute leur vie. Le Directeur se tourna vers les infirmières :
- Remportez-les. 
Toujours hurlant, les bébés en kaki furent chargés sur leurs serveuses et roulés autour de la pièce, laissant derrière eux une odeur de lait aigre et un silence fort bienvenu. " - Extrait du chapitre 2

Quel est le but de cette opération ? Il s'agit tout simplement d'un moyen de manipulation et de contrôle. Un individu haïssant la flore n'aura aucun remord à la détruire pour construire et exploiter. De même qu'un individu haïssant les livres n'essaiera pas de lire, de se documenter, de se cultiver, de réfléchir, de prendre du recul, et de dénoncer les travers de la société. 

L'éducation hypnopédique, un des piliers de la société d'Huxley, repose sur le fait que des centaines et des centaines de phrases, d'idées et d'opinions prises pour des vérités soient répétées des milliers de fois aux enfants pendant leur sommeil, de sorte à ce que leur esprit s'en retrouve formaté, et qu'une fois adulte, ils s'intègrent parfaitement. Parmi ces paroles, on trouve par exemple "Tout le monde appartient à tout le monde" (renforçant l'aspect d'objet qu'ont les individus) ; "La monogamie est interdite" (s'alignant avec l'idée précédente que chacun dispose de chacun) ; "La science est tout" (bien que la plupart n'a aucune connaissance par rapport à la science, ils la vantent, la louent et l'adulent avec une foi aveugle) ; "Tout le monde travaille pour tout le monde. Même les Epsilons sont utiles. Sans eux, nous ne pourrions rien faire" (à un moment du livre, il est expliqué que l'expérience d'une société composée uniquement d'Alphas a été menée quelques siècles plus tôt. Très vite, des tensions sont apparues, se mutant très vite en guerre civile. Les trois quarts des individus concernés sont morts, tandis que les autres ont voulu réintégrer la société avec castes) ; "Ne réparez pas les choses. Jetez-les et rachetez en" (une idée reflétant la consommation de masse) ; ou encore "Pour éviter le malheur : prenez un gramme de Soma !".

Attardons-nous un petit peu sur ce Soma. Qu'est-ce que c'est ? A quoi sert-il ? Quelles sont ses fonctions ? Le Soma est la drogue officielle et légale accessible à tous les membres de la société. Pour les individus, c'est le meilleur moyen d'être heureux. Sa consommation produit un sentiment de bien-être incommensurable et plonge son utilisateur dans un long sommeil. Quand un individu est malheureux, se sent mal, ou veut tout simplement ressentir l'extase, il prend du Soma. Un gramme pour soigner le mal-être, une tablette entière pour des "vacances" de plusieurs jours. 
Mais le Soma est avant tout un moyen efficace de contrôler l'espérance de vie. Chaque utilisation, selon la dose, retire quelques minutes, quelques mois ou bien quelques années de vie. De sorte qu'il n'existe pas de personnes âgées, un individu moyen meurt dans la quarantaine, voire la cinquantaine maximum.
Brave New World nous montre donc une société contrôlant l'esprit, l'apparence, le destin et la vie de chacun des ses individus. De la création à la mort. De l'éprouvette au tombeau. Pourquoi ce contrôle omniprésent et omnipotent ? 
Pour le bonheur.
Pour la stabilité.
Pour la civilisation.

Evidemment, l'oeuvre n'est pas une succession de descriptions de lieux et du fonctionnement de cette société "parfaite". Une poignée de protagonistes nous font explorer et nous aident à appréhender ce monde dont certains mécanismes sont identiques au notre. Parmi eux se trouvent d'abord Bernard Marx, un Alpha, et Lénina Crowne, une Bêta plus. Si cette dernière est à la fois intelligente et particulièrement belle, Bernard à le mental d'un Alpha mais l'apparence d'un Gamma, faisant de lui un paria. Cette singularité fait qu'il se met à l'écart des autres, évite la consommation de Soma, préférant le malheur, et s'interroge sur cette société si parfaite dans laquelle il évolue en remettant en cause les mœurs, comme la haine de la nature, la polygamie, ou la façon dont les hommes et les femmes sont considérés. A savoir comme de vulgaire objets que l'on peut et que l'on doit posséder comme et quand bon nous semble. Lénina quant à elle est une personne modèle, parfaitement intégrée à la société, aimée et appréciée de tous. L'opposée de Bernard donc. 
Nous faisons également la connaissance d'Helmholtz Watson, maître de conférences au Collège des Ingénieurs en Émotion (Section des Écrits) et meilleur ami de Bernard. Tous deux partagent les mêmes idées, bien qu'Helmholtz ne soit pas un paria. Selon lui, il manque quelque chose à la société. Une figure. Un emblème. Une personne héroïque suscitant l'admiration.

Lors d'un voyage dans une réserve naturelle de l'ancienne civilisation (le nouvel ordre mondial ne s'est pas imposé partout) au Nouveau-Mexique, Bernard et Lénina rencontrent John, un sauvage avec des ascendants venant de la société civilisée. Du fait de cette différence, il est rejeté des sauvages. Tombant sous le charme de Lénina et se liant d'amitié avec Bernard, il souhaite partir avec eux dans le monde civilisé pour pouvoir peut-être enfin trouver sa place.
Une fois à Londres, John devient une source de curiosité exceptionnelle. Tout le monde veut le voir, lui parler et être vu en sa compagnie. Cette reconnaissance sociale efface alors temporairement le statut d'exclu de Bernard, tandis que John, au départ émerveillé par la société civilisée, se rend de plus en plus compte de ses absurdités, de ses non-sens et de son aspect de prison de verre. Ayant un pied dans les deux types de civilisation, il ne parvient pas à s'intégrer dans l'une comme dans l'autre. Désespéré, il finit par s'isoler dans un vieux phare abandonné de Londres.


Contrairement à Bernard, Lénina, ou tout autre individu civilisé, nous pouvons nous identifier à John. Et ce, pour plusieurs raisons.

John est le personnage auquel nous, en tant que lecteur, pouvons nous identifier. Né naturellement et familier de quelques auteurs de l'ancienne civilisation tel que Shakespeare, de la religion ou du malheur (rappelons que toute chose appartenant à l'ancien monde est parfaitement étrangère aux individus civilisés, exceptés certains, les plus haut placés), il est celui qui est le plus humain. Effectivement, la société "parfaite" de Brave New World est aliénante. Elle modifie la condition humaine. La perturbe. L'atrophie. Au nom du progrès, de la science et du bonheur, les instigateurs du nouvel ordre mondial ont prohibé toute source de malheur, de doute et de tensions. C'est ainsi que la religion, la poésie, les maladies, les inégalités, l'insécurité, la liberté de conscience, la monogamie et bien d'autres choses encore ont été bannies. Les individus ne peuvent plus être qu'heureux. Et rien d'autre. Mais ce bonheur continu et omniprésent n'est qu'un artifice. Un simulacre. Car comment savoir ce qu'être heureux si on ignore ce qu'être malheureux ? Les citoyens de cet Etat totalitaire sont persuadés d'être heureux alors qu'en réalité il n'en est rien. Leur conditionnement et leur éducation les poussent à penser qu'ils sont heureux. Ils ne sont pas juges d'eux-mêmes. Ils sont programmés, construits de manière à penser que ce qu'on leur a dit de penser. Ils suivent un schéma précis, calqué et reproduit sans cesse.

Pour illustrer ces propos, prenons un exemple probant : "La science est tout". Cette phrase, tout Alpha, Bêta, Gamma, Delta, et voire même Epsilon l'a entendu lors de son conditionnement. Ils connaissent le mot, les technologies qui y sont affiliées, mais ne savent nullement comment elle fonctionne, même de la manière la plus basique qui soit. Ils ne la comprennent pas, exceptés, comme toujours, les quelques plus hauts placés. 
Cette société pouvant apparaître comme parfaite n'est donc en réalité qu'une vulgaire coquille vide. Cette société dont les citoyens sont prisonniers de leur propre esprit n'est qu'un emballage, s'appuyant plus sur le paraître que sur l'être. 
"Mais je ne veux pas du confort. Je veux Dieu. Je veux de la poésie. Je veux du danger véritable. Je veux la liberté. Je veux de la bonté. Je veux du pêché" - une citation de John le Sauvage qui souligne particulièrement bien les limites de la société "parfaite" de Brave New World.

Bien que l'action prenne place en l'an 2540, de nombreuses idées d'Huxley se sont déjà concrétisées dans nos sociétés occidentales actuelles. A titre d'exemple, la consommation (et la production bien entendu) de masse, la société du paraître avec la chirurgie esthétique (pour ne citer qu'elle) la mondialisation, la négligence de l'éducation, la désinformation, la prédominance des loisirs, la recherche dans le clonage intensifiée, et la liste continue. 
Ce que j'ai trouvé passionnant dans ce livre, c'est, en plus des théories de l'auteur, le personnage de John. Entre deux sociétés, ne pouvant s'intégrer dans l'une comme dans l'autre, il est pourtant le plus humain de tous, individus civilisés et sauvages confondus. Il sait que la condition d'être humain ne peut exister sans malheur, sans vice, sans désir refoulé, sans chagrin, et encore moins sans douleur. 
J'ai donc apprécié ce livre pour ses idées, ses protagonistes, son contexte et la réflexion qu'il nous invite à avoir. Un ouvrage intéressant, intelligent et profond comme je les aime. Il n'est donc pas surprenant qu'il ait traversé les âges et qu'il soit encore très connu de nos jours. Brave New World est un classique du roman d'anticipation que je vous conseille fortement.

jeudi 19 juillet 2012

[Coups de coeur] The Killing, une série pas comme les autres

Il y a des séries qui vous empoignent, qui vous font voyager et qui ne vous laisse pas indifférent. Leur force est tellement puissante que vous devenez vite dépendant, dévorant chaque instant avec une furieuse volonté de connaître la fin. Néanmoins, cette volonté est teintée bien souvent d'une crainte que cela ne se termine trop vite. Torrents d'émotions et océan d'obsession sont ce qui découlent de ces séries, malheureusement trop peu nombreuses. The Killing, avec son atmosphère si particulière, en fait partie. Sombre. Pluvieuse. Profonde. Un de mes plus grands coups de coeur en terme de séries, rivalisant même avec ce bon vieux Dexter et Homeland, que j'aimerais vous faire découvrir aujourd'hui. Croyez-moi, elle vaut le détour.


Synopsis : A Seattle, sur fond de campagne électorale, les inspecteurs Sarah Linden et Stephen Holder enquêtent sur le meurtre d'une adolescente, Rosie Larsen. Son corps a été découvert mutilé dans le coffre d'une voiture de campagne de Darren Richmond, conseiller municipal et candidat face au maire sortant. Peu à peu, le duo atypique cernent la personnalité de Rosie tandis que les masques tombent parmi ses proches.

Jeudi dernier, je partais pour cinq jours chez de la famille. Le trajet n'étant pas court, il me fallait quelque chose en plus de mes bouquins pour passer le temps. Il me fallait une série. C'est ainsi que je suis tombé par hasard sur The Killing. Après avoir lu le synopsis, je me suis pris la première saison, sans vraiment savoir précisément dans quoi je mettais les pieds mais de toute façon, même si je n'accrochais que moyennement, elle me ferait au moins passer le temps. Jeudi matin, aux alentours de 9h30, après déjà 1h de trajet, je me suis lancé dedans. Jeudi matin, j'ai commencé une série captivante, unique et qui frappe fort, très fort. Jeudi matin j'ai commencé The Killing, une série que je ne risque pas d'oublier de si tôt, je vous l'assure.

Le première saison s'ouvre sur un double épisode. Dès le départ, le décor est planté. Une Seattle grise, terne, plongée dans un automne où la pluie est omniprésente, tantôt par averses diluviennes, tantôt par bruines semblant pétrifier l'air. Oppressante. Morose. Dramatique. L'ambiance qui enveloppe la série est comme un cocon. Dure, mais d'une incroyable finesse, renfermant un papillon d'une beauté aussi renversante que tragique. Ce dernier représente ainsi le scénario, avec ses dialogues, ses protagonistes et ses mises en scènes très réussies. L'enquête que mènent Sarah Linden, flic sur le départ mais qui se résigne à rester jusqu'à ce que le coupable soit appréhendé, et Stephen Holder, son remplaçant, est riche en révélations, action et scènes où les deux personnages, diamétralement différents, se rapprochent l'un de l'autre. Au fil des épisodes, les deux inspecteurs vont peu à peu cerner la personnalité de Rosie tandis qu'ils apprennent à mieux se connaître eux-mêmes. Ce qu'ils veulent, réfléchir sur leur propre vie, leur raison d'être.

     
Sarah Linden et Stephen Holder, interprétés respectivement avec brio par Mireille Enos et Joel Kinnaman.

Parallèlement, nous suivons également le triste quotidien de la famille Larsen, accablée par le chagrin et le désespoir. Au fur et à mesure, cette famille va devoir encaisser les retombées médiatiques du drame. D'autant plus qu'ils vont se rendre compte qu'ils ne connaissaient pas si bien que ça leur chère "baby girl". Plusieurs instants, dénués de paroles, sont chargés en émotions, et le brillant jeu des acteurs nous émeut à maintes reprises. 

Enfin, dernière strate de l'ensemble : l'élection municipale. A partir du moment où la victime va être retrouvée dans le coffre d'une des voitures de la campagne de Darren Richmond, candidat opposé au maire sortant, lui et son cercle de collaborateurs vont être liés à ce sinistre meurtre, pouvant mettre en péril son élection. Ainsi, loin d'être un cas isolé, le meurtre de Rosie Larsen va accaparé l'attention de la ville entière pendant de nombreux jours. De fil en aiguille, de suspects en suspects, la première saison se termine sur un cliffangher aussi surprenant que magistral, ne donnant qu'une envie au spectateur : découvrir au plus vite la suite dans la deuxième saison. 

Riches en moments intenses, The Killing est loin d'être linéaire et monotone. Bien au contraire, le rythme est soutenu tout au long de la saison. Aucun temps mort n'est à déclarer, les évènements s'enchaînent facilement et logiquement. Une chose est sûre : les scénaristes aiment jouer avec le spectateur en le faisant douter à moult reprises. Avec The Killing, nous sommes bien loin d'une série policière ordinaire où les enquêtes sont résolues en un épisode. Ici, c'est progressif, long, réaliste. Plus on avance dans la série, mieux on cerne les différents protagonistes. On finit par les connaître, devinant parfois à l'avance certaines de leurs réactions. The Killing bénéficie d'une grande profondeur.

    
Broyant du noir, la mère de Rosie Larsen est tourmentée. Darren Richmond quant à lui tente de ne pas perdre l'élection, tout en restant intègre face à ces évènements.

Si je devais décrire The Killing en quelques phrases ce serait : Voilà une série pas comme les autres, qui vous prend à la gorge, sans prévenir, et qui ne vous laisse aucun répit jusqu'à la fin. Prenante, happante, transcendante, cette série est une fleur magnifique aux racines sombres et pluvieuses. Dirigée d'une main de maître, extrêmement bien ficelée, l'intrigue ne souffre d'aucun temps mort. Le jeu des acteurs est efficace. Cette tragédie les change tous progressivement et leurs émotions sont palpables, tout comme la tension quasi omniprésente. Au final, The Killing est un immense coup de coeur. Un coup de coeur comme je n'en vois que trop rarement. J'espère donc vous avoir donné envie de découvrir cette série par vous même, qui, croyez-moi, vaut largement le détour !


samedi 7 juillet 2012

[Lecture] Jean-Christophe Grangé, un écrivain de génie

Il y a deux ou trois mois, ma cousine m'a prêté deux thrillers (genre que j'affectionne tout particulièrement) de Jean-Christophe Grangé, écrivain français je ne connaissais absolument pas. Cependant, j'ai découvert par la suite qu'il était l'auteur des Rivières Pourpres, du Concile de Pierre ou encore de L'empire des loups, livres ayant bénéficié chacun d'une adaptation cinématographique que je ne connaissais que de nom mais dont j'avais entendu de bons échos. Après avoir délaissé quelques semaines ces deux livres sur ma table de chevet, j'ai décidé un soir d'en commencer un. C'est ainsi que j'ai choisi par hasard Le serment des limbes et que j'ai découvert un auteur brillant, doué d'une imagination débordante, d'un style d'écriture unique et savant jouer avec son lecteur jusqu'au dernier chapitre. Le premier livre m'ayant tellement plu, j'ai embrayé directement avec le second, La forêt des mânes. Toujours la même profondeur. Toujours la même magie. Toujours la même force d'écriture. 


Jean-Christophe Grangé est un auteur talentueux. C'est indéniable. Et cela, on s'en rend compte au moment même où l'on ouvre un de ses livres. En toute honnêteté, je suis rentré dans l'histoire de ces deux ouvrages dès leur première phrase. Lecteur assidu depuis longtemps, je peux vous assurer que ce phénomène ne m'est arrivé qu'en de très rares occasions. Les deux intrigues que j'ai pu lire pour l'instant de cet écrivain sont savamment ficelées et intelligentes. Abordant des thèmes comme la religion, l'évolution des moeurs dans notre société, les EMI, le cannibalisme ou encore la socialisation primaire puis secondaire effectuée chez l'enfant, Jean-Christophe Grangé propose à ses lecteurs des oeuvres jouissant chacune d'une grande profondeur, aussi bien dans le contexte que dans le contenu. Chaque livre propose un univers unique, auquel on s'adapte sans nulle difficulté, et qui nous happe sans efforts de la première à la dernière ligne. On y entre avec une étonnante facilité, mais on en sort difficilement avec un arrière-goût de manque tant le désir d'y rester est fort.

Un autre point qui démontre la force de l'auteur : la diversité. La diversité des protagonistes, des lieux, des intrigues, du cadre spatio-temporel et des émotions. Lorsqu'on lit deux romans d'affilées d'un même auteur, coup sur coup, il arrive que le deuxième lasse et qu'il se retrouve délaissé sur la table de chevet à prendre la poussière. La faute au style d'écriture, à certains détails qui nous insufflent une impression de déjà vu, de répétition. Personnellement, cela m'est déjà arrivé avec Maxime Chattam. Or, je n'ai en aucun cas ressenti cela avec Jean-Christophe Grangé. Tout simplement car sa façon d'écrire est mouvante. Bien sûr, certains mécanismes telles que les phrases minimalistes se résumant à un seul mot sont présents dans les deux livres et aident à caractériser l'auteur, mais d'autres changent d'un roman à l'autre. Cette capacité nous donne alors l'impression d'une pluralité dans la façon d'écrire qui n'est pas désagréable, permettant au contraire aux différents ouvrages ne pas souffrir d'une quelconque redondance.

Synopsis : Quand Mathieu Durey, flic à la brigade criminelle de Paris apprend que Luc, son meilleur ami, flic lui aussi, a tenté de se suicider, il n'a de cesse de comprendre ce geste. Il découvre que Luc travaillait en secret sur une série de meurtres aux quatre coins de l'Europe dont les auteurs orchestrent la décomposition des corps des victimes et s'appuient sur la symbolique satanique. Les meurtriers ont un point en commun : ils ont tous, des années plus tôt, frôlé la mort et vécu une «Near Death Experience». Peu à peu, une vérité stupéfiante se révèle : ces tueurs sont des «miraculés du Diable» et agissent pour lui. Mathieu saura-t-il préserver sa vie, ses choix, dans cette enquête qui le confronte à la réalité du Diable ?
Premier roman de Grangé que j'ai lu. Première claque de Grangé que j'ai reçu. A l'instar de Maxime Chattam, Grangé n'épargne pas les détails morbides et nous livre moult descriptions détaillées des cadavres que Mathieu Durey rencontre au gré de son enquête. Immersion d'une facilité déconcertante, identification au flic très catholique, fumeur et au passé tumultueux automatique et narration rythmée ponctuée de retournements de situations pas toujours convenus sont les trois critères qui font la force de livre. Avec un mysticisme très marqué et des allusions au Malin qui sont légion, Grangé cogne fort, très fort. Le livre est par ailleurs très documenté, ce qui ne fait qu'agrandir la profondeur de l'oeuvre et on voyage beaucoup. De Paris à la france profonde, on passe à Rome, le Vatican ou encore l'Afrique. Le serment des limbes est un polar parfaitement réussi dont l'on a du mal à décrocher.

Synopsis : Jeanne Korowa, juge d’instruction au TGI de Nanterre, soupçonne son petit ami, Thomas, de la tromper. Abusant de son autorité, elle place sur écoute le psychanalyste de Thomas pour écouter ses séances et connaître la vérité. Recevant chaque soir ces enregistrements, elle se prend au jeu et écoute les séances de tous les patients. Jusqu’à surprendre un mystérieux visiteur, à l’accent espagnol, dont le fils autiste subit de terribles crises, peut-être meurtrières. Jeanne ne va pas tarder à comprendre que ce fils est sans doute le tueur cannibale qui terrifie Paris et sur lequel enquête son voisin de bureau, François Taine. Malheureusement, elle ne peut parler de ses écoutes illégales à personne... Après la mort de Taine, Jeanne va prendre l’enquête en main, totalement hors-la-loi. L’aventure la mènera au Nicaragua, au Guatemala puis au fond des lagunes d’Argentine, sur la piste d’un traumatisme préhistorique qui pourrait révéler l’origine de la violence chez l’homme.
Commencé presque aussitôt après avoir refermé Le serment des limbes et fini il y a tout juste deux jours, La forêt des mânes fut ma seconde claque de la part de Grangé. Ici, c'est la psychanalyse qui fait office de clé de voûte du roman, avec notamment la mécanique du père de Freud. Jeanne Korowa et Mathieu Durey ont beau être diamétralement différents, ils ont un point commun : leur façon de vivre. Tous deux sont en quelques sortes "déconnectés" de la société et agissent selon leur intuition, leurs propres règles. Tous deux ont leurs propres traumatismes, leurs propres buts. Et c'est ainsi que passer de l'un à l'autre se fait sans anicroche. Encore une fois, l'auteur ne nous épargne pas les descriptions des scènes de crimes, ici particulièrement sauvages et violentes. Grangé joue avec son lecteur jusqu'au bout et rythme son ouvrage à l'aide de retournements de situations qui laissent bien souvent pantois et décontenancé. Encore une franche réussite, qui se lit avec intérêt.

Au final, Jean-Christophe Grangé est un écrivain à découvrir, à lire, et surtout, à apprécier. En deux livres seulement, il s'est octroyé une place de choix parmi mes auteurs de thrillers favoris. Talentueux, fin, subtil, érudit, Grangé est de ces romanciers qui nous tiennent en haleine et qui jouissent d'un formidable style d'écriture. Je n'ai qu'une hâte : lire d'autres ouvrages rédigés par lui et voir les adaptations cinématographiques de ses livres.
J'espère que cet article vous a plu et que l'envie de découvrir certains thrillers de Grangé vous est venue en le lisant. Si c'est le cas, alors j'en serai plus que ravi ! Et si vous le connaissiez déjà, j'attends avec impatience vos opinions le concernant.